Jules Désiré LARDIERE était un préfet de la Somme, maire de Fouilloy, industriel, libre penseur et fondateur du “Progrès de la Somme”, propagandiste républicain, “payant de sa personne, de sa bourse et son influence dans la plus large mesure”;

Vie familiale

Jules LARDIERE est né le 18 février 1829 à Falaise (Calvados)

Jules LARDIERE est issu d’une famille d’industriels de Falaise dans le Calvados depuis le XVIII siècle,

Il est le fils de

  • Pierre-Constant LARDIERE (1802-1868) filateur de coton et fabricant de bonnets à Falaise
  • Et de Julie-Françoise LECONTE (1801-1881)

Son grand-père paternel était  Jacques LARDIERE, un cultivateur à Falaise, époux de Barbe POSTEL

Son grand-père maternel était Guillaume LECONTE, un industriel à Falaise, époux de Marie-Charlotte GAUTIER

Ses parents, Pierre-Constant LARDIERE et Julie-Françoise LECONTE ont eu 4 enfants :

  • Jules LARDIERE
  • Marie-Hermine-Célénie (1841-1879) propriétaire à Falaise, sans alliance,
  • Nelly-Victoire épouse le 24 septembre 1847 à Falaise, Jean Pierre GERMAIN, négociant à NANTES et
  • Alice-Zoé, épouse le 2 mai 1866 à Falaise, Albert-Francisque MARTIN, fabricant de Bonneterie à Falaise-Guibray

Son père décède en 1868 voici un extrait de la succession : laisse seulement 564 francs en mobilier et rien en immeuble; sa mère en 1881, et ne laisse que 1 229 francs en mobilier et rien en immeuble

 

Jules LARDIERE épouse le 2 aout 1866 Léonide-Maximilienne LISCOURT (Née le 10 juin 1843 à Sainte Croix (Le Mans) 72 – décédée en 1922) à Paris XVIII°

Ils signeront un contrat de mariage :

  • lui même apporte vêtement linges etc d’une valeur de 4 000 francs et ses droits dans une société évalués à 10 000 francs;
  • son épouse apporte un trousseau estimé à 3 000 Francs et une dot constitué par son père d’une valeur de 12 000 francs.

Léonide est la fille de Pierre-Maximilien LISCOURT (1807-1888) employé à Paris, puis propriétaire  et de Clémence LEFRAY (1822-1895).

Pierre-Maximilien LISCOURT a été clerc de notaire et secrétaire de LEDRU-ROLLIN. Il succédera à Jules LARDIERE comme maire de Fouilloy en 1876

Léonide LISCOURT a eu 5 frères et sœurs dont  Marcel-Jules Maximilien LISCOURT (5 nov. 1895-  22 dec 1977, repose au cimetière de Fouilloy), industriel à Fouilloy, époux d’Yvonne-Marguerite GIRARD née en 1898, décédée le 7 février 1991.

Jules LARDIERE et Léonide LISCOURT n’auront pas d’enfant.

Sa famille et sa belle famille étaient des républicains, Jules était catholique mais de tradition laïque.

Son parcours:

Jules LARDIERE étudie au Lycée Henri IV à Paris, il sera bachelier ès Lettres en 1845, mais ne fera pas d’études supérieures.

En 1845 : Jules travaille dans la filature de coton dirigé par son père et son beau-frère à Falaise;

De 1845 à 1851 : Jules est un industriel actif dans les milieux républicains à Falaise et au Mans, c’est à cette époque qu’il devient ami de LEDRU-ROLLIN;

En 1851 Il se rend à Paris pour protester contre le coup d’état (coup d’État du 2 décembre 1851 acte par lequel, en violation de la légitimité constitutionnelle, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat, alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter, l’expérience démocratique de la Deuxième République est brutalement interrompue. Les républicains prennent les armes et marchent sur les chefs-lieux. Mais la résistance est écrasée par l’armée en quelques jours. Les opposants sont arrêtés. Certains, comme Victor Hugo, sont frappés d’exil. On compte plusieurs centaines de tués à Paris, mais il n’y a pas de bilan global des affrontements et exécutions sommaires d’insurgés menées par l’armée )

De 1852-1862 Jules reprend son travail à Falaise et voyage beaucoup; il devient employé dans une importante maison de bonneterie à Paris;

Entre 1862-1870 il achète une fabrique de bonneterie à Fouilloy dans la Somme , “il fit de son établissement industriel l’une des plus importantes fabrique du Santerre”; Son usine comptait 900 ouvriers, c’était une république admirablement organisée et son chiffre d’affaire annuel se comptait  par millions.

En 1869 Jules LARDIERE fonde avec René Goblet et Frédéric PETIT un journal intitulé: “Le progrès de la Somme”, qui mènera une virulente campagne contre le régime ; à la fin du Second Empire. C’était un journal républicain, marqué à gauche et d’obédience radicale-socialiste, alors que son concurrent, Le Journal d’Amiens, était un journal conservateur et catholique.

Le Progrès de la Somme deviendra le Courrier Picard.

Le premier numéro sortit des presses le 16 mai 1869. Le Progrès de la Somme fut durant toute la IIIe République, le principal organe de presse du département de la Somme.

Ayant continué de paraître durant l’occupation, suspecté de collaboration avec l’ennemi, Le Progrès de la Somme fut interdit de parution à la Libération. Il fut remplacé par La Picardie nouvelle qui utilisa son imprimerie

Le Journal d’Amiens, quant à lui fut rebaptisé L’Écho de la Somme,

En octobre 1944, les deux principaux représentants de la presse écrite dans le département fusionnèrent pour donner naissance au Courrier picard.

En mai 1870 il est l’un des dirigeants de la campagne anti-plébiscitaire de la Somme.

En juin 1870 : il se présente à l’élection des conseillers généraux contre M. Gressier ancien ministre.

L’annonce de la reddition de l‘Empereur Napoléon III, le 2 septembre 1870 et de la capitulation de l’armée déclenche l’action des républicains. La République est proclamée, le 4 septembre.

Suite au télégramme officiel qui apprenait aux Abbevillois l’avènement de la république dont voici le contenu

“Paris le 4 septembre, six heure du soir. La déchéance a été proclamée au Corps législatifs; la république a été proclamée à l’hôtel de ville; un gouvernement de défense nationale composé de 11 membres, tous députés de Paris a été constitué, et ratifié par l’acclamation populaire, …. le ministre de l’intérieur, Léon GAMBETTA

Jules sera nommé préfet, dès le lendemain c’est à dire le 5 septembre 1870 en remplacement du préfet impérial M. Th De Guigné,

Le premier soin de M. Lardière fut de lancer aux habitants du département cette proclamation :

LE PRÉFET DE LA SOMME AUX HABITANTS DU DÉPARTEMENT.

CITOYENS,
En annonçant au pays la proclamation de la République, le Gouvernement de la Défense nationale a dit avec raison que le peuple mettait ses représentants non au pouvoir, mais au péril.

C’est le péril que j’ai accepté.

C’est en m’inspirant uniquement de cette pensée que je viens au milieu de vous me consacrer à l’œuvre urgente du salut public.

Ma mission est de maintenir et d’organiser la défense du pays.

J’ai le droit de compter sur l’appui de tous les bons citoyens.

En face de l’ennemi, il n’y a plus de partis en France. Toute division serait criminelle, elle est Impossible.

Bientôt, le gouvernement vous l’a promis, vous serez convoqués pour nommer librement une Assemblée souveraine ; jusque là, soyons unis et n’ayons d’autre pensée que le dévouement à la patrie.

Les municipalités que vous avez élues me donneront leur concours. Je compte sur celui de tous les fonctionnaires qui, en se consacrant au service du pays, mériteront bien de la République.

Le patriotisme des habitants de ce grand département me rendra la tâche facile ; mon dévouement et mon patriotisme ne reculeront devant aucun effort.

Vive la France ! Vive la République !

Le Préfet de la Somme, J. LARDIÈRE.

il  démissionnera le 23 septembre 1870 mais sera renommer le 24 octobre 1870, à partir de décembre un préfet allemand, Sultzer est en fonction à Amiens.

Pendant cette période troublée, Jules LARDIERE transfèrera le siège à Abbeville puis à Rue

Jules LARDIERE en réintégrant ces fonctions de préfet, qu’il délaissera après quand il sera question de la Constituante, fit afficher partout l’appel suivant, adressé aux habitants de son département :

AUX ARMES !

Tout espoir de paix a disparu. Je reprends le poste que j’avais momentanément quitté.

Devant les insolentes prétentions de la Prusse, il n’y a plus qu’un devoir pour les citoyens français : pousser la guerre à outrance jusqu’à ce que le sol national soit entièrement expurgé.

Que tous les hommes valides se lèvent pour chasser l’ennemi qui le souille et veut démembrer la France !

L’élan de 1792 peut seul sauver la Patrie.

Debout donc, citoyens ! Enrôlez-vous en masse sous les drapeaux de la République, et sus au Prussien. Qu’il trouve son tombeau là où il espère consommer l’avilissement et la ruine de la France.

AUX ARMES!  Vive la France ! Vive la République !

Le Préfet de la Somme, J. LARDIÈRE.

Un bureau d’enrôlement pour les volontaires est installé à l’Hôtel de ville d’Amiens et à la mairie de chaque commune, tout volontaire quel qu’il fut, devait toucher chaque jour une solde de 3 francs, dont la moitié serait versée aux femmes et aux enfants de l’engagé, de plus une prime de 50 francs était accordée aux hommes mariés ou veufs  Ce corps spécial, n’était autre que le fameux corps des volontaires de la Somme.

Dès le lendemain une foule assaillit l’hôtel de ville,  alléchée par la promesse de LARDIERE, qui s’empressa le 29 de refréner ce patriotisme par un simple avis

ENRÔLEMENTS VOLONTAIRES – AVIS.
Par suite du grand nombre des enrôlements volontaires qui se sont fait dans le département, et pour faciliter le travail de l’organisation, il ne sera plus reçu de nouveaux engagements avant le 4 octobre prochain.
Des enrôlés se sont présentés à la caserne en état d’ivresse. A ce sujet, l’autorité doit faire connaître que M. le commandant Crouzat est autorisé à rompre l’engagement de tout homme qui ne se soumettrait pas aux règles de la discipline la plus sévère.
Fait à Amiens, le 29 septembre 1870.

Le Préfet de la Somme,
J. LARDIÈRE.

Après l’armistice il démissionnera le 6 février 1871

En février 1871 : Jules est candidat aux élections à l’assemblée nationale dans la Somme : non élu

En octobre 1871 Jules LARDIERE est élu membre du conseil général de la Somme (Corbie)

De 1871-1873 il sera maire de la commune de Fouilloy; (voir liste des maires de fouilloy)

Le 9 juin 1873 il démissionne de son mandat de maire pour protester contre les mesures de l’Ordre Moral

Mais reprend son poste de maire de Fouilloy le 28mai 1876

Après sa mort

Jules LARDIERE s’éteint le 18 novembre 1876 à Corbie.

Libre penseur il est enterré hors de l’église, dés le lendemain la ville de Corbie était envahie par un grand nombre de personnes venues de tous points du département de de Paris. Dans la presse on peut lire que plus de 10 000 personnes sont présentes, (je pense à une erreur de chiffre)

Sa veuve achètera une maison à Bondy et 2 à Paris en 1880 et 1891 respectivement pour 200 000 francs et 300 000 francs.

Plusieurs communes nommeront une rue à son honneur : Rue JULES LARDIERE comme à Corbie : une première rue qui a changé de nom plus tard en rue du 8 mai 1945, puis une autre fut nommée rue Jules Lardiere, dans le prolongement de la rue JULES LARDIERE de Fouilloy, une autre ville a également baptisée une rue à son honneur : Amiens on en retrouve également une dans le Nord à que Villeneuve d’Ascq.rue jules lardiere corbie

rue jules lardiere fouilloy

Un monument a été dressé en son honneur à FOUILLOY :

Au mois d’Aout (1893), M. Carnoy proposa la mise à l’étude d’un monument à élever à M. Jules LARDIERE, ancien préfet de la Somme, pendant l’année terrible

Chose étrange pour ce libre-penseur, ce monument a été érigé à coté de l’église!

monument jules lardiere fouilloy