cygne hugues de fouilloyHugues de Fouilloy était un chanoine et un théologien du XII siècle.

Hugues de Fouilloy est né à Fouilloy vers 1100.

Il était d’origine noble, issu d’une famille qui a reçu le bourg de Fouilloy en fief de l‘abbaye de Corbie.

Il avait deux frères chevaliers, qui sont mentionnés comme dans un certain nombre de chartes du cartulaire.

Avant de devenir Chanoine il était clerc comme il l’explique, dans la dédicace du Traité des oiseaux.

Il semble avoir reçu une éducation cléricale complète, certainement en l’abbaye bénédictine voisine à Corbie, dont sa famille était vassale.

On ne connait que très peu de choses de sa jeunesse.

On retrouve le nom d’Hugues de Fouilloy sous différentes formes :

  • Hugo De Folieto
  • Hugues De Fouilloi,
  • Hugo Foletinus
  • Hugo Foliotensis
  • Hugo Folietinus
  • Hugh of Fouilloy
  • Hugo de Fouilloy
  • Hugh di Fouilloy
  • Hugo aus Fouilloy
  • Hugo Corbeiensisde fouilloy enluminure
  • Hugo de Foliaco
  • Hugo de Folieta
  • Hugo de Fulleio
  • Hugo de Sancto Laurentio
  • Hugo Praemonstratensis
  • Hugo Saxo
  • Hugo van Folieto
  • Hugo van Fouilloy
  • Hugo von Folietum
  • Hugo von Fouilloy
  • Hugon  Folieto
  • Ugo di Fouilloy

Hugues de Fouilloy et Saint Laurent au bois

Vers 1120 Hugues entre au prieuré de Saint Laurent au bois. C’est une communauté de chanoines Augustins fondée entre 1104 et 1115 dans une région boisée et sauvage entre Heilly et Ribemont sur ancre sur les terres de l‘abbaye de Corbie par un ermite Ulric

Ce prieuré n’était alors qu’une petite communauté de 4 chanoines et 3 convers, vivant dans le dénuement le plus total sous la direction d’un ancien ermite, Ulric.

Très vite la communauté de Saint-Laurent va croire en même temps que  la renommé de Hugues de Fouilloy.

Si bien qu‘en 1132, Saint-Laurent deviens trop petite pour accueillir la foule des nouveaux arrivants,

C’est pourquoi, en 1132, Ybert de Jumel fonde en annexe à Saint-Laurent-au-bois : Saint-Nicolas de Régny.

C’est Hugues de Fouilloy qui en reçoit immédiatement la charge et obtient son premier poste de prieur à l’âge d’à peine 30 ans.

Il dirigea Saint-Nicolas pendant vingt ans, avant de succéder à Ulric à la tête de Saint-Laurent en 1152

Entre temps, vers 1150, suite à la mort de l’abbé Ursion,  on lui propose même de prendre la tête des chanoines de l’Abbaye Saint-Denis de Reims. C’est une fondation royale très importante, tant pour son autorité spirituelle et temporelle que pour sa richesse, ce qui montre le crédit dont Hugues jouissait déjà à l’époque.

Mais il va refuser cet honneur, prétextant n’être pas un assez grand personnage pour pouvoir accepter cette dignité. Il ajoutera surtout que cela l’aurait obligé à renoncer à son vœu de pauvreté, ce qui allait à l’encontre de sa vocation.

Finalement les chanoines de Saint-Denis choisiront Eudes, sous-prieur de Saint-Victor de Paris

Son départ de Saint Nicolas provoqua semble-t-il le conflit qui survient peu après entre la maison mère et sa dépendance.

Le prieuré de Saint-Nicolas, jusque-là florissant, a eu du mal à se remettre de la perte du prestige que lui procurait Hugues, dont la renommée attirait de nombreux novices.

Hugues de Fouilloy restera à la tête de Saint-Laurent-au-Bois jusqu’à sa mort vers 1173-1174.

Un obituaire de Saint-Laurent, réalisé à la fin du XIIe siècle et utilisé jusqu’au milieu du XIIIe siècle, mentionne le décès d’Hugues un sept septembre sans indiquer l’année.

Le prieuré de Saint Nicolas de Regny étant entré en décadence après le départ d’Hugues de Fouilloy, sa ruine obligea les moines à trouver refuge à l’abbaye de Corbie vers 1206. C’est à cette époque qu’on aurait placé dans la chapelle de Nampty une statue de la Vierge venant, dit la tradition, d’un monastère voisin, sans doute celui des augustins.

Le pape Innocent II le crée cardinal lors d’un consistoire de 1144.

Il aura la seigneurie de Fouilloy en 1146, (liste des seigneurs de Fouilloy)

Hugues de Fouilloy, l’écrivain

Son œuvre littéraire est principalement constituée de traités exégétiques et moraux toujours destinés à un religieux nouvellement converti ou à un chef de communauté récemment institué dans ses fonctions,

de avibus fouilloy oiseau

Elle a pour but d’éclairer le nouveau converti sur les implications morales de sa nouvelle condition.

L’œuvre d’Hugues de Fouilloy connut à son époque une fortune considérable. Pourtant cet écrivain canonial est longtemps resté parmi les moins connus des auteurs du Moyen Âge dont le nom nous est parvenu.

Ses premiers traités ont donc été fait pour des inexpérimentés dans le domaine,  ce qui a incité Hugues à écrire dans un style plutôt scolaire. Ses livres montrent donc une écriture souvent très colorée, fondée sur des allégories traditionnelles du monde monastique.

Le but d’Hugues de Fouilloy n’était pas de faire œuvre originale, mais d’inculquer les bases de la pensée et de l’éthique religieuse à des personnes qui ne les avaient pas encore acquises.

Hugues fait donc tout pour faciliter la compréhension et la mémorisation de ces principes, ce qui donne des ouvrages souvent assez courts, écrits en prose rythmique, suivant un plan bien découpé et très méthodique.

 

Le De avibus de Hugues de Fouilloy a été écrit vers 1150, il est conservé à la Médiathèque de Troyes, il donne une explication symbolique de nombreux oiseaux tels que le pélican, la cigogne, le corbeau, l’aigle…

C’est un petit traité sur la signification des oiseaux rencontrés dans la Bible et dans les textes patristiques. – Forme la première partie du “De bestiis et aliis rebus“, il fut attribué, à tort à Hugues de Saint-Victor

Dans la dédicace et le prologue, Hugues de Fouilloy précise qu’il a conçu le programme iconographique de son traité afin de le rendre accessible aux illettrés (illiterati) ce qui le place dans la tradition du concept de “l’image comme littérature des incultes”.

Le programme iconographique de l’Aviarium se présente comme un équivalent du texte pour les religieux illettrés, qui doivent pratiquer la lectio divina en dépit de leur difficulté à appréhender le support scripturaire.

Ses illustrations s’inscrivent dans la tradition de l’exégèse visuelle, qui remonte à l’époque carolingienne mais qui tend à se systématiser au XIIe siècle.

Le choix du symbolisme animal, et des oiseaux en particulier, est motivé d’abord par le fait que Hugues s’adresse à des religieux, traditionnellement représentés par des oiseaux dans la pensée chrétienne, ensuite, en raison de la longue tradition d’utilisation des bestiaires comme manuels d’enseignement dans les scolae médiévales.

Cette habitude a consacré le caractère didactique de ces ouvrages. Sa conception au milieu du XIIe siècle et dans le milieu canonial régulier, fait du programme iconographique de l’Aviarium le témoin privilégié de la place de l’image au sein d’une pensée qui exprime à la fois le monde canonial et le monde monastique, au moment de l’émergence des universités et d’une pensée nouvelle

C’est un véritable best-seller en son temps si l’on en juge par les 128 exemplaires manuscrits conservés de par le monde. L’engouement pour ce traité tient à sa valeur didactique qui s’exprime par le choix d’un thème assez simple, dont Hugues développe les significations comme supports d’un enseignement religieux, et dont le texte s’accompagne  d’illustrations destinées explicitement à l’enseignement des illettrés.

Hugues reprend à son compte le concept de lut scriptura pictura : “l’image [est] comme le texte”, largement admit au Moyen Âge, et le met application.

Les principaux ouvrages attribués au Prieur de Saint-Laurent-au-Bois sont : le De avibus, le De Claustro animae (dont le second livre se trouve souvent isolé sous le titre De duodecim abusionibus claustri), le De medicina animae, le De nuptiis, le De rota verae et falsae religionis et le De pastoribus et ovibus.

 

L’organisation du texte Traité des oiseaux

Le Traité des oiseaux est constitué de soixante chapitres.

Les vingt-deux premiers portent sur la colombe et sur l’autour (un rapace couramment employé pour la chasse au vol), qui représentent l’une le clerc de formation (ici clerc signifie lettré, mais pas nécessairement religieux) et l’autre le chevalier, qui se sont tous les deux convertis à la vie religieuse.

Les quinze chapitres suivants traitent de la tourterelle qui vit dans le palmier et des passereaux qui nichent dans le cèdre du Liban. La tourterelle représente les vertus de  l’érémitisme (la vie solitaire en ermite) et les passereaux celles du cénobitisme (la vie religieuse en communauté), le tout en développant les notions de vie active (vita activa) et de vie contemplative (vita contemplativa), qui constituent les deux aspects de la vie religieuse.

Les vingt-trois derniers chapitres s’apparentent à ceux d’un Bestiaire moralisé limité aux oiseaux. Ces chapitres s’organisent presque toujours de la même façon : une citation des écritures saintes, suivie d’une description d’un caractère physique et/ou d’un comportement de l’animal en question qui lui serait spécifique, et enfin arrive l’interprétation exégétique (souvent morale) de cette description, éclairée et surtout justifiée par les saintes écritures et les écrits théologiques, en particulier des Pères de l’Église.

hugues de fouilloy livre

Sous l’apparence d’un Bestiaire, l’Aviarium s’avère être en réalité un ouvrage sur la signification et les obligations de la vocation religieuse, qui s’inscrit dans la tradition des règles monastiques.

L’analyse de la suite thématique constituée par les illustrations de la première partie met en évidence une succession de thèmes très proches de ceux des premiers chapitres de la Règle bénédictine.

Le choix de la colombe pour débuter son traité n’est d’ailleurs pas anodin, car le symbolisme chrétien de la conversion fait une grande place au thème de la colombe ou de l’oiseau en général, et dans les textes monastiques, la vocation religieuse elle-même est souvent figurée par une colombe. Enfin, dans le prologue du De avibus, Hugues dit aussi que Rainier, le dédicataire identifié à l’autour, reçoit « les plumes de la colombe » : celles-ci signifient l’habit religieux, dont il va devoir se montrer digne. Ainsi, l’objectif du Traités des oiseaux d’Hugues de Fouilloy est de rendre les pratiques de la vie religieuse accessibles à tous.

La liste des oiseaux est celle du Physiologus qui a été augmentée grâce aux écrits d’Isidore de Séville. Mais Hugues de Fouilloy insiste tout particulièrement sur les animaux présents dans le Nouveau Testament.

 

Quelques unes de ces œuvres :

De claustro anime

Le cloître de l’âme est divisé en quatre livres. Il est particulier tant par sa densité que par sa qualité puisqu’il est unanimement reconnu comme le traité le plus abouti du corpus hugonien. Chacun des quatre livres est quasiment autonome et il est probable qu’ils n’aient pas été écrits dans la foulée. Néanmoins ils font bien partie d’un tout, qui se présente comme une réflexion sur l’idéal de la vie claustrale s’appuyant sur l’exégèse des parties du cloître, selon les quatre sens que la tradition exégétique chrétienne donne aux textes sacrés. Le premier livre, qui correspond au sens historique, décrit les différentes parties d’un cloître et le présente comme le meilleur endroit pour parvenir à l’élévation spirituelle. Le second livre, intitulé le plus souvent De aedificatione claustri materialis, donne la signification morale ou tropologique du cloître. Il se présente donc comme un catalogue de vices et de vertus. C’est dans ce second opuscule que l’on trouve le fameux De duodecim abusivis claustri parfois recopié isolément dans les manuscrits, et qui est en fait la reprise d’un traité monastique (peut-être d’origine irlandaise) dans lequel on peut voir une réponse au De duodecim abusivis saeculi du pseudo-Cyprien. Le troisième livre intitulé De claustro spirituali, propose cette fois une exégèse mystique du cloître qui est comparé au temple de Salomon et qui devient le symbole de l’édification spirituelle. Quant au quatrième livre, il est consacré à la Jérusalem Céleste présentée comme le parangon du cloître terrestre. Ce livre correspond selon toute logique à la partie anagogique de l’exégèse du cloître. Hugues expose son œuvre réformatrice et sa doctrine spirituelle à travers ce traité. Les prologues des différents livres dans lesquels il prend à parti son destinataire témoignent de cela. Il lui explique pourquoi il a entrepris cet ouvrage – faisant par là référence autant à son livre qu’à son œuvre administrative. C’est aussi ce qui confère au De claustro son statut particulier.

De medicina anime

La médecine de l’âme était initialement dédiée à un certain Jean, ami de Hugues, qui exerçait la profession de médecin. La courte dédicace nous en apprend beaucoup sur l’origine de ce petit opuscule. C’est ainsi que l’on comprend qu’il s’agit d’un second jet, réécrit de mémoire pour satisfaire à la demande d’un confrère qui jugeait visiblement le contenu de la première version utile à sa communauté. Hugues explique qu’il destine son traité aussi bien au soin du corps qu’à celui de l’âme. Il puise autant dans les sources scripturaires et patristiques que dans les sources profanes. Bien qu’ayant essentiellement un but moralisateur, il contient de nombreuses informations sur la médecine médiévale et notamment sur la théorie des humeurs.

De nuptiis

Les noces spirituelles sont destinées à un autre ami d’Hugues, que ce dernier tente d’écarter du mariage pour le faire entrer en religion. Il est organisé en deux livres. Dans le premier, intitulé De nuptiis carnalibus vitandis, Hugues accumule contre les femmes tous les reproches possibles, accumulées au fil de ses lectures. Le troisième chapitre, De fonte compuctionis, de ce premier livre est parfois isolé dans les manuscrits. Quant au deuxième livre, intitulé De nuptiis spiritualibus amplexandis, il magnifie les noces spirituelles en commençant par une exégèse de Genèse XXVI, où il glose notamment le thème fameux des deux femmes de Jacob et de Joseph. Puis il donne une interprétation spirituelle de la Loi mosaïque et il termine par une exégèse originale du sacrement du mariage.

De rota verae et falsae religionis

La roue de la religion est écrite pour un ami d’Hugues qui, récemment placé à la tête d’une communauté religieuse, se sent désemparé face à ses nouvelles responsabilités. Hugues se propose donc de lui donner quelques conseils sur la conduite à avoir lorsque l’on reçoit cette charge. Pour ce faire, il a organisé son traité en deux livres, où il file la métaphore de la roue de la fortune, adaptée ici à la vie monastique. Le premier livre, intitulé De rota praelationis, présente les vertus que doit avoir un bon prélat. Dans le second livre, De rota simulationis, il discrédite les hypocrites qui entrent en religion par souci de confort ou par envie de pouvoir. Les premiers chapitres de chacun des deux livres se présentent sous la forme d’un diagramme construit sur l’image de la roue de fortune, dans laquelle sont inscrits les thèmes qui sont ensuite glosés de façon plus approfondie dans les chapitres rédigés.

De pastoribus et ovibus

Il propose une interprétation allégorique du thème du pasteur et de la bergerie en deux tableaux: l’un positif et l’autre négatif. Le principal intérêt de cet opuscule est de gloser des passages des Bucoliques de Virgile, des textes Sybillins, de Columelle ou encore de Lactance, qui viennent en nombre se mêler à des sources plus religieuses. La structure est simple puisque chaque livre est divisé en deux parties. Mais il semble là encore que Hugues n’ait pas eu le temps de finir son ouvrage. En effet la structure n’apparaît pas très solide, l’articulation des parties et la succession des citations glosées sont peu fluides.