AUGUSTE BAILLET DOYEN DES ÉGYPTOLOGUES

Le doyen des égyptologues français, Auguste Baillet, est aussi l’un des moins connus, en dehors d’un cercle étroit de spécialistes.

État Civil :

Auguste Théophile Baillet naquit à Fouilloy Rue de La Chaussée,(rue Jules Lardiére)  le 27 novembre 1834.

Issu d’une vieille famille d’agriculteurs Picards.

Fils de Gabriel Auguste BAILLET, Propriétaire-cultivateur à Fouilloy (Somme), et de Sidonie LANGEVIN

Il descendait d’un certain Charles Baillet, né vers 1600  qui était laboureur à Longpré-les-Corps-Saints, dont le fils Noël vint, au XVIIe siècle, s’établir à Fouilloy dans la Somme. Noël épousa Jacqueline DESMARET à Fouilloy le 30 octobre 1662,

En 1789, son Grand-père Anschaire Baillet fut choisi par sa paroisse comme électeur des députés du tiers état pour le bailliage d’Amiens; l’année suivante il devint maire de la  commune, il donna sa démission en 1815.

Dans cette ascendance, rien qui préparât un érudit ou un égyptologue.

Auguste se maria le 31 août 1863 avec Julie-Marie-Pauline DUJONCQUOY, née le 28 avril 1842 à Pussay (Essonne), décédée lors d’une cure le 16 juillet 1877 à Cauterets (Hautes-Pyrénées) à l’âge de 35 ans. Les enfants seront élevés par une tante et une grand-mère. Contrat de mariage le 29 aout 1863 à Angerville (Essonne).

Ensemble ils auront 7 enfants, 5 garçons, 2 filles :

  • Jules-Auguste-Constant BAILLET,1864-1953 -  Professeur agrégé docteur es lettres, qui republiera les œuvres principales de son père.
    Intéressé comme son père par l’égyptologie, il alla deux fois en Egypte avec la mission archéologique du Caire. Il rapporta de ses voyages un certain nombre d’objets pour le Louvre et le musée d’Orléans.
  • Gabriel, Sidoine, Alexandre BAILLET1865-1911 Il excella dans l’art de l’enluminure.
  • Ernest BAILLET,1867-1947 Industriel – Conflandey (Haute-Saône)
  • Constant BAILLET1869-1888
  • Léonie BAILLET 1872-1944
  • Marie BAILLET1874-1954
  • Louis-Charles-Jean BAILLET, 1875-1913 Bénédictin – Abbaye de Solesmes (Sarthe) Ordonné prêtre dans la cathédrale d’Orléans le 29 juin 1900,

 

Le Famille Baillet donnera 5 maires à la commune de Fouilloy et plusieurs conseillers municipaux. De nos jours en 2016, un membre de la famille siège au conseil municipal de la commune de Fouilloy. (voir liste des maires de Fouilloy)

Ses études

Auguste Baillet fut un brillant élève du lycée d’Amiens et plus tard, sur les conseils d’un cousin, Achille Langevin, administrateur des postes et télégraphes, il alla au collège Sainte-Barbe de Paris, où ses parents l’avaient envoyé préparer l’École polytechnique, il s’enthousiasma du moyen âge et entra à l’école de chartes en  janvier 1854.

Il en sortait le premier de sa promotion le 11 novembre 1856.

La thèse qu’il soutint pour obtenir le diplôme d’archiviste paléographe avait pour titre Recherches sur les divisions politiques de la Gaule au VIe siècle.

C’est à ce moment qu’il renonça à la profession ancestrale de sa famille.

D’autres études attirèrent ses préférences. Il suivit les cours de lÉcole de droit et le 9 septembre 1857 reçut le grade de licencié.

Son Parcours

En 1857, il fut nommé archiviste auxiliaire aux Archives de l’Empire, sous la direction du comte Léon de Laborde, il fut en cette qualité attaché à la publication de
l’énorme correspondance de Napoléon 1er et y prit une part très active.

Membre de la commission de publication de la Société de l’École des Chartes, pendant plusieurs années, lui-même publia dans la Bibliothèque de l’École des Chartes, en 1858,
une Étude sur la division des Gaules en 17 provinces. Ces études de géographie le préparaient à écrire son Histoire du royaume d’Orléans.

Ces fonctions le retenaient à Paris c’est ainsi qu’il devait être amené a l’égyptologie.

Le hasard le mit sur la voie, un jour à la Bibliothèque Impériale, il attendait un volume, la Lettre à M. Dacier de Champollion (lettre du 17 septembre 1822), se trouva sous sa main. Il la feuilleta d’abord presque machinalement, puis y prit grand intérêt, dans cette lettre Champollion donnait la première clé de l’écriture hiéroglyphique.

Cette lecture le mit en goût et l’entraîna au cours d’Emmanuel le Rougé, alors reconnu comme le second chef de l’école française. Et bientôt il devint un disciple fervent.

Auguste Baillet devint dès lors aussi enthousiaste des hiéroglyphes qu’il l’avait été de la paléographie médiévale; jusqu’à son dernier soupir, il ne cessa point de s’intéresser à l’archéologie et à la philologie égyptiennes.

La mystérieuse civilisation de l’Égypte retenait principalement son attention.

Moins heureux que Champollion, il ne vit jamais les bords du Nil; et c’est toujours soit sur des fac-similés, soit sur des monuments originaux déposés dans les musées de Paris, de Londres ou dans les collections publiques et particulières de la province qu’il rédigea ses nombreux travaux.

En 1862, Auguste Baillet écrivait, dans la Revue archéologique, un article sur l’Élection et la durée des fonctions du grand-prêtre d’Ammon à Thèbes.

Peu de temps après, il réussissait à déterminer la valeur des hiéroglyphes des nombres supérieurs à 10 000.

Mais Deveria, qui avait de son côté fait la même découverte, le devança dans la publication.

Deveria s’en expliqua

« En terminant cette courte étude, disait Devéria, je suis heureux de pouvoir dire que ses résultats,  au moins dans leur partie essentielle, c’est-à-dire pour  la fixation de la valeur des trois signes numériques servant à noter les centaines de mille, les millions et les dizaines de millions dans le système hiéroglyphique, sont pleinement confirmés par un très bon travail de M. Baillet, qui faisait cette petite découverte à Paris, tandis que je la faisais en Égypte. Ce jeune égyptologue a réuni des exemples pour le moins aussi probants que les miens, et y a joint une étude de certaines divisions du temps qui rend des plus désirables la prochaine publication de ses recherches elles comprennent un nouvel examen d’un texte numérique important qui avait échappé à mon attention”

Ainsi deux travailleurs, d’après des recherches parallèles et indépendantes, s’étaient rencontrés sur les mêmes résultats.

Cependant, malgré le piquant de la démonstration, en dépit cet encouragement, Auguste Baillet considéra le travail de son ainé comme définitif et suffisant sur la question.

Les deux hommes devinrent amis.

Le billet suivant, écrit par Devéria, témoigne de cette amitié « Mon cher monsieur Baillet. Avez-vous changé d’idée depuis l’autre jour? Hésitez-vous maintenant à faire une tentative pour entrer au Louvre? — S’il en est ainsi, renoncez-y tout de suite, et, par ce moyen, coupez court à la possibilité des reproches futurs de votre famille et de vos amis. Mais dites-le-moi au plus tôt. Dans le cas contraire, dépêchez-vous d’aller voir M. de Rougé il est parfaitement disposé pour vous, et s’étonne presque de n’avoir pas encore reçu votre visite”

Pour un temps, Auguste Baillet allait faire infidélité à l’égyptologie.

En 1863, il s’était marié, quittait le 52 rue saint Placide Paris pour s’adonnait à l’industrie. Il se démit de ses fonctions d’attaché aux Archives impériales pour prendre la direction d’une fabrique de bonneterie à Pussay (Seine-et-Oise); et en 1874 il venait s’établir à Orléans comme associé dans une importante maison de tissus, où il devait acquérir une fortune.

Cependant il ne cessa pas de se tenir au courant et, sans guère produire d’études originales, il continua d’accumuler dans ses notes et ses dictionnaires les éléments de
travaux futurs.

Sa vie à Pussay

Durant son séjour à Pussay , de 1863 à1874, nous ne relevons qu’un seul article, envoyé en 1867, de la transcription des hiéroglyphes et seule la 1ére partie fut publiée; il critiquait à la fois la transcription de l’alphabet adoptée par E. de Rougé et celle que prônait Lepsius dans son Mémoire sur le Standard Alphabet (1855-1863).

A Pussay, Auguste Baillet partageait le meilleur de son temps entre son industrie et sa famille.

L’instruction de ses fils fut pour lui l’occasion d’expériences pédagogiques. Deux principes se dégageant de ses idées et de ses essais :

  • ne jamais fatiguer l’esprit de l’enfant,
  • l’ouvrir de bonne heure par des notions exactes données sans pédantisme à propos de tout ce que l’enfant rencontre et observe.

Le 29 avril 1868, il avait été nommé délégué cantonal pour l’inspection des écoles primaires. Plus de vingt ans, il exerça cette charge avec zèle, d’abord dans le canton de
Méréville, puis à Orléans.

La guerre de 1870, en fermant les usines, lui donna des loisirs forcés. Il les utilisa en mettant en pratique certaines idées sur l’instruction populaire qu’on a reprises depuis : Cours d’adultes, extension universitaire, universités populaires pourraient le citer comme un précurseur ou un bon ouvrier de la première heure.

Il réunit une vingtaine de jeunes villageois, n’ayant fait que des études primaires, et se mit à leur enseigner l’allemand dont il ne possédait qu’une connaissance superficielle. Dans cette tâche paradoxale, il apprenait la veille ce qu’il montrerait le lendemain. D’ailleurs, lors des passages de Prussiens, puis de Bavarois, on le prit comme interprète.

Plus tard, quelques-uns de ses élèves poursuivirent leurs études, et, à leur tour, se rendirent utiles par la connaissance de la langue dont il leur avait donné les premières notions.

Sa vie à Orléans

En 1874, Auguste Baillet vint s’établir comme négociant à Orléans. Il résidait alors aux Augustins, 12, rue Dauphine

En 1875, la Société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans l’élut membre titulaire; il n’y était d’ailleurs pas un inconnu, puisque, dès 1860, il avait publié dans les Mémoires de cette compagnie un sujet mis au concours : Histoire du royaume d’ Orléans

En 1876, la Société archéologique et historique de l’Orléanais l’accueillait à son tour.

En 1877, il publie dans les Mémoires de la Société d’agriculture d’Orléans,une étude sur la Collection égyptienne de M. l’abbé Desnoyers.Cette collection, une des plus importantes et des plus complètes qu’on puisse voir en province, sans le travail d’Auguste Baillet, elle serait ignorée et perdue pour la science.

Dans les publications de la première de ces Sociétés, il fit paraître plusieurs précieux articles égyptologiques. En 1905 la plupart de ses travaux furent réunis sous le titre d’Œuvres diverses dans la Bibliothèque égyptologique, publiée sous la direction de Maspéro, membre de l’Institut.

Maspéro félicita publiquement Auguste Baillet, et Ernest Renan lui adressa de très vifs éloges : « Il faut souhaiter », dit le célèbre philologue, « que M. Baillet ne s’en tienne pas là; il a des qualités de pénétration et d’exactitude qui lui assureront, s’il le veut bien, une place éminente parmi les égyptologues contemporains. »

Il fut un des organisateurs du Syndicat orléanais de l’habillement et de l’Union des syndicats.

Il passa des mois aux Archives de l’état civil de l’Hôtel de Ville pour établir la généalogie de la vie de familles orléanaises

Il fut président d’un comité local de défense des porteurs de titres de Panama, il prit part à la fondation de la nouvelle Société de Panama, qui tentait de relever cette grande œuvre si funeste aux capitaux français, et en fut administrateur de 1894 à 1900.


Auguste BAILLET et la Politique

Déjà il avait été conseiller municipal de Pussay.

En 1873, il s’était présenté aux élections cantonales comme candidat républicain. Depuis, il s’était soigneusement abstenu de toute compétition. Pourtant, en 1892, il opposa sa candidature à celle d’un socialiste pour le conseil d’arrondissement, et, lors des élections municipales de 1899, le comité républicain progressiste obtint qu’il se laissât porter sur sa liste avec laquelle il fut élu.

Auguste Baillet, qui était aussi licencié en droit, a rendu des services non seulement à la science, mais encore à la ville où il s’était définitivement fixé. Il fut élu, à plusieurs reprises, juge au Tribunal de commerce et membre du Conseil municipal d’Orléans.

Ses Œuvres

Il était poète à ses heures et tournait fort gentiment rondeaux et sonnets.

Songeons aux difficultés qu’il y avait à faire imprimer à Orléans de pareils mémoires : Auguste Baillet était obligé de se fabriquer ou de se faire fabriquer les caractères dont il avait besoin ! Il a édité des textes hiéroglyphiques dans les publications de cette Société jusqu’à l’année 1907!

Il publia peu de travaux relatifs à l’histoire de notre pays; voici quelques publications à ajouter à son Histoire du royaume d’Orléans,

  • son mémoire sur Une épitaphe du XIe siècle à Saint-Benoît-sur-Loire (dans le Bulletin du Comité des travaux historiques: archéologie1, année 1884, p. 174- 175);
  • Henri IV à Orléans en 1602 (dans la Bibliothèque de l’École des chartes, t. LXX, année 1909);
  • Arnold de Grysperre, calligraphe à Orléans au XVIe siècle (dans les Mémoires de la Société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans, 5e série, t. X, année 1910);
  • Note sur l’usage de commencer l’année au 1er janvier à Orléans dès 1556 (dans les Bulletins de la Société archéologique et historique de l’Orléanais,  années 1908-1910);
  • les Curés de Saint-Paterne d’Orléans
  • Note sur deux contrats entre le chapitre de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans et deux fabricants d’Aubusson (dans les Bulletins de la Soc. arch. et hist. de l’Orléanais, t. XVI, années 1911-1913);
  • les Maîtres verriers à Orléans (dans ibidem, t. XVIII, années 1917-1919)
  • La Chanson chez les Egyptiens, par Auguste et Jules Baillet
  • Dialectes égyptiens:Deux contrats ptolémaïdues
  • Le nom de quelques vases égyptiens
  • Vases égyptiens de la collection Desnoyers
  • Rondeau et sonnet
  • Le roi Iloremhou et la dynastie thébaine au IIIe siècle av. J.-C.
  • Hippalos, fonctionnaire égyptien
  • L’Égypte pendant les premières années du roi Épiphane

En 1860, Auguste fera une copie annotée du cartulaire du Chapitre de Fouilloy.auguste baillet Fouilloy

Postérité

Auguste-Théophile Baillet, s’éteint à Orléans, le 6 août 1923, au N°3 Rue Etienne-Dolet, à l’âge de 88 ans

Il a eu la très grande joie de voir un de ses fils, qui est son disciple, se faire une réputation méritée comme égyptologue et helléniste : M. Jules Baillet, ancien élève de l’École normale supérieure, ancien membre de la mission archéologique du Caire, agrégé de l’Université, docteur ès lettres et lauréat de l’Académie des inscriptions.

Une rue de Fouilloy porte son nom : la Rue BAILLET

 

sources : Œuvres des égyptologues Français Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais – Notice biographique par Jules BAILLET