Définition de Cloqueman par Jean-Baptiste Jouancoux,dans  Études pour servir à un glossaire étymologique du patois picard, 1880, vol. I :

Noms communs en picard : Clocheteur public, qui, jusqu’en 1775, allait la nuit par les rues d’Amiens avec une clochette pour recommander les trépassés aux prières des vivants.

Le Clocheteur des trépassés à Corbie.

Remontons le temps jusqu’à l’année de grâce 1627.

Plantons le décors

Nous sommes en hiver et c’est la nuit. La petite ville dort paisiblement enveloppée d’ombre et de silence, sous la Cloquemanprotection de ses remparts et de ses hommes de guet.

Mais soudain un bruit vient troubler le bon sommeil des Corbéens

Pourquoi ces tintements de clochette et cette voix d’homme résonnant tristement dans la rue ?

Ils se rapprochent, deviennent plus distincts puis s’éloignent. On les entend un peu partout de ci, de là, rue Saint-Eloi, vers la Porte d’Encre, le long de la rivière de Boulangerie et dans la grande chaussée de la porte à l’Image.

Cet homme c’est Louis Vaquette, un cordonnier de Corbie mais il est également le cloqueman de l’église Saint-Pierre, c’est-à-dire clocheteur des trépassés ou recommandeur des morts.

Que fait il exactement ? Quel est son rôle ?

Il chemine par les rues étroites et sombres de la ville, porteur d’une lanterne et de sa clochette pour rappeler les morts aux prières des vivants et dire à ceux-ci de penser au trépas et au salut de leur âme.

Louis Vaquette portait-il sur ses vêtements comme cela se faisait en d’autres lieux, les macabres emblèmes de son office larmes d’argent et tête de mort entre deux tibias croisés répétait-il textuellement les lugubres paroles si connues « Réveillez vous gens qui dormez. Priez pour les trépassés. Pensez à mort, pensez à mort »Précédait-il aussi comme ailleurs les convois funéraires en agitant sa clochette  Impossible de l’affirmer.

Qui était il ?

C’est le 21 septembre 1627 que Louis Vaquette entra en possession de son office, source l’acte officiel consultable aux Archives départementales Liasse 27, n° 11, et où il est dit que :

« François Laignel licencié ès lois, bailli général de la ville et comté de Corbie, savoir faisons que vu la requête à nous présentée par Louis Vaquette, cordonnier, demeurant à Corbie, le dixième de ce mois portant que Jean Senescal dit Miraumont en son vivant pourvu par nos lettres à la charge de cloqueman et recommandeur des morts étant de présent au lit malade ne pouvant par ce moyen vaquer audit office lui aurait résigné celui office suivant laquelle résignation il nous suppliait de vouloir l’admettre audit office…

Tout vu et considéré en la réserve et de l’avis de noble et religieuse personne dom Antoine Hanicque, grand prévôt de ladite abbaye en la présence aussi et du consentement de Me Antoine de Vaux procureur fiscal de la ville et comté de Corbie…  après qu’il nous est apparu être de bonnes vie et moeurs, de religion catholique, apostolique et romaine, audit Vaquette avons donné et octroyé ledit office de cloqueman et recommandeur des morts pour en jouir par lui en tous profits, honneurs et émoluments y attachés».

Figure bien familière à Corbie au cours du XVII°siècle que celle de ce brave cordonnier clocheteur son nom revient souvent dans les archives locales de ce temps.

Le 15 octobre 1602 il se marie avec Marie Bricquet qui lui donna plusieurs enfants

  • Louis, 22 juin 1600
  • Antoinette, 1er janvier 1606
  • Nicolas, 19 janvier 1610,
  • Florine, 6 janvier 1616.

baptisés en l’église de Saint-Albin de Corbie

AUTRES CLOCHETEURS DES TRÉPASSÉS.

Un siècle plus tôt il est fait mention dans les comptes de la ville (de 1513 à 1549), de preuve de l’existence d’un cloqueman clocheteur des trépassés. On l’autorisait aussi à sonner, pour la ville « par grâce et courtoisie », l’heure du guet, de la fermeture des tavernes. En retour il était affranchi de certaines obligations notamment de taille et recevait un salaire.

Quelques exemples
En 1517 remise de la taille à Jean Leclerc (taxé à 12 deniers) parce qu’il est clocheteur des trépassés,

L’année suivante il est remplacé par Ganain Guiffart, cloqueman de l’église Saint-Pierre et pour avoir sonné, par grâce et courtoisie chaque jour durant un an échu à Noël 1527 une cloche à environ à huit heures du soir pour aller faire le guet (comptes de 1528).Ce nom est présent dans les comptes de 1531-1535. Pour avoir sonné chaque jour la cloche « que l’on dit la dernière » et ouvert et fermé les portes de la ville le tout par grâce et courtoisie : 24 sous
Ordonnance du 7 janvier 1533

Aux comptes des années 1546-1549 figure le nom de Jean Pillot pour plusieurs remises de tailles.

 

Source : Bulletin de la société des antiquaires de Picardie 1924