Selon la légende, dans les temps anciens, il y avait près de Corbie un géant qui vivait dans une grotte des falaises de la Barrette. Il avait une longue barbe et ses cheveux ressemblaient à des branches de chêne

Voici une légende de Corbie, la légende intitulé : Le géant de Corbie.

Etang de ma barette, legende du geant de Corbie

“Dans les temps reculés, lorsque le ciel était plus près de nous, habitait dans des cavernes de craie, un enchanteur mystérieux, et renommé à vingt lieues à la ronde. Il était grand, à l’égal des plus grands sapins, la barbe très abondante, le vêtement fait d’écorce de tilleul.

Dans sa chevelure étaient piqués des rameaux de houx et d’ormeaux.

Lorsqu’il parlait, les murailles de pierre répercutaient sa grande voix, et si, dans les jours de colère, il lui arrivait de gronder, la roche se fendait, et sur les grandes nappes d’eau frémissantes, les roseaux bruissaient.

Il portait à la ceinture, suspendue par une grosse chaîne de fer, une énorme corne d’ivoire, qui avait la vertu de traduire ses désirs en réalités.

S’il soufflait avec violence, les pierres se détachaient de la falaise pour aller rouler au loin dans les eaux.

Mais toute cette puissance ne pouvait rien sur l’empire des hommes, où le mal régnait en maître.

La légende du géant de CorbieLe solitaire ayant longtemps réfléchi, résolut de peupler le pays uniquement d’enfants. Il tira de son cor d’ivoire des sons si doux que les enfants apparurent en grand nombre. Il jouait, jouait toujours et le jeune peuple se roulait sur les gazons fleuris.

Pendant le sommeil des bambins, le bon géant jouait plus suavement encore, et leurs rêves étaient roses et doux comme leur vie.

Les paroles de colère étaient inconnues à ces enfants privilégiés ; jamais la jalousie, ni les querelles, ni la haine hideuse n’étaient venus troubler leurs jeux.

Mais en grandissant, ils perdirent leurs qualités d’origine ; la violence asservit leur esprit. Le géant s’en repére attrista d’abord, puis, il reconnut son impuissance à conjurer le mal, il pleura, et les larmes qui coulèrent de ses yeux ravinèrent le sol jusqu’à la Somme, et les méchants enfants ne pensèrent pas qu’ils fussent les auteurs de cette grande douleur.

Le géant pleurait toujours, et ses larmes formaient des ruisseaux et des rivières.(…) Le solitaire cessa de pleurer, et un vent violent souffla qui dessécha le lac, et la terre reparut.(…) Triste et fatigué, il s’endormait dans sa couche pendant de longues heures du jour, à l’ombre de ses sourcils, qui croissaient en même temps que sa barbe.

Un jour qu’il sommeillait lourdement, les enfants s’approchèrent de lui pour lui voler son cor d’ivoire ; mais comme il reposait sous la tête du géant, ceux-ci ne pouvaient arriver à leur fin, pratiquèrent un trou à l’instrument convoité. Il en sortit aussitôt un vent qui souffla en tempête, et qui, soulevant la poussière et le sable, obscurcit la lumière du ciel. Le ciel devint noir comme de l’Ancre. On ne voyait plus le soleil. C’est alors que les calamités tombèrent sur la Terre

De l’œuvre du solitaire, à peine restait-il quelques hommes ; le géant ne se réveilla plus ; la corne d’ivoire ne se fait plus entendre dans la région, mais les calamités et les tempêtes sont annoncées par les corneilles au plumage de deuil qui nichent au sommet des tours de Saint Pierre.

Quant à notre Géant, il ne s’est jamais réveillé. Il doit encore dormir quelque part, dans une « muche » des falaises de Corbie.”