Corbie était connu pour son blé, c’était le grenier à blé de PICARDIE.histoire du blé et des moulins à corbie, Somme, picardie

Les écrits montrent que la ville de Corbie, au moyen-age et surtout au XIV et XV° Siècle était un vaste entrepôt de blé. Surement le plus important du Nord de la France.

Les blés “Corbiers” ou “Corbois” jouissaient d’une grande renommée. Les marchands venaient les acheter de fort loin par la Somme, les nefs ou navels les conduisaient dans les ports d’Abbeville, St-Valery, le Crotoy où de plus grands navires les chargeaient afin de les exporter en Angleterre, Hollande, en Flandre et même en Espagne.

Les boulangers d‘Abbeville commandaient le blé à Corbie « pour ce que le blé corbier était plus blanc et meilleur à faire pain ».

LE MARCHÉ AU BLÉ.

Dans les écrits, on trouve des traces d’un marché à blé qui avait lieu à Corbie, dés le XIVe Siècle.

Ce marché avait lieu dans les rues de la Chaussée et la rue de la porte à l’image devenue rue Faidherbe aujourd’hui. C’était selon les archives un très grand marché.

Au XV° siècle on appelait ce marché :« l’Cauchie au blé ».

C’était la grande artère commerciale de Corbie, la plus achalandée. Il y avait un grand nombre d’hôtelleries comme le Heaume, le Paon, St-Michel

Visualisez un incessant va et vient  de paysans, de charretiers, de marchands, de sergents,les uns occupés à manœuvrer les sacs, les autres discutant les prix, ceux-ci prélevant les taxes du marché et veillant à l’exécution des ordonnances. Dans des rues jonchées de sacs apportés de plusieurs lieues à la ronde par les chariots ou par les “navels”.

Ce marché au blé produisait à l’abbaye un revenu important grâces aux taxes perçues sur les ventes et les droits de marché. Ces taxes portaient encore le nom de tonlieu ou tonnelieu. Pour donner un exemple de prix, le tonlieu du grand marché de Corbie était affermé 125 livres parisis à Jean Morand en 1388.

 

LES VIEUX MOULINS DE CORBIE.

Avec ce blé abondant, la ville de Corbie vie naître bons nombres de moulins, en effet étant copieusement arrosée d’eau des riviéres (La Somme,l’Ancre…) on en trouva vite l’utilité.

L’abbaye avait la main sur le commerce des blés et possédait également les moulins, y compris les profits.

“Tous les moulins sont à l’église (à l’abbaye) et nul ne peut faire moudre son grain à d’autres moulins”

C’était le droit de banalité, monopole que les religieux, comme les seigneurs de l’ancien régime, conserveront jusqu’à la Révolution, monopole qui s’appliquait également aux fours et aux pressoirs.

L’abbaye”donnait” ses moulins à bail, moyennant redevances et prix convenus, à un ou à plusieurs meuniers fermiers.

Ces meuniers avaient à leur charge l’entretien des bâtiments du moulin, de la rivière et diverses obligations  comme le franc moulu par exemple c’est -à-dire qu’ils devaient moudre gratuitement le blé nécessaire à la nourriture des moines, par exemple en 1621 : 120 muids ou encore en 1648, 1649, 1650 : 540 setiers par an

Il est attesté qu’au IX° Siécle l’abbaye possédait déjà 15 moulins, dans ses domaines soumis à une réglementation minutieuse comme tout l’était au monastère grâce aux fameux statuts de l’abbé Adhalard.

Dans Corbie et le proche voisinage, Fouilloy, La Neuville, le nombre des moulins a varié extrêmement. C’est, selon les temps trois, quatre, cinq, sept même plus, moulins à blé, à tan,  à l’huile qui sont mis en action par les cours d’eau.

Les documents relatifs au grand procès de 1448 entre habitants et religieux disent qu’à cette date il y avait trois moulins à Corbie mais que la ville en eut jadis 7.

Peu avant 1448 il y en avait 5 :

  • les deux moulins de la Boulangerie,
  • le moulin de la Chaussée,
  • le moulin Brasseret sur la rivière d’Hamelet ou Eau de la Barette, (aujourd’hui comblée et devenue en partie la rue Victor-Hugo),
  • le moulin de la Rue des Près

Au XVII Siècle on trouve dans les écrits :

  • les 2 moulins de la Boulangerie,
  • le moulin Barbaquenne,
  • le moulin du Gouverneur près du pont de Rome,
  • le moulin d’Entre deux ponts (le pont de la porte à l’Image et le pont de Rome).
  • de moulins transportables à bras ou à cheval dans le Magasin d’artillerie ou’Arsenal situé sur l’emplacement de l’ancien Beffroi (Voir l’article sur le Beffroy)

En 1809, il y avait encore 5 moulins en service à Corbie :

  • les deux vieux moulins de la Boulangerie tenus par M. Demailly,
  • le moulin Lhomme au pont de Rome,
  • le moulin Vicart de la rue des Près sur l’Ancre et
  • le moulin Démarquet aussi sur l’Ancre à La Neuville.

Citons encore le moulin de Calenne ou de Calène, dans le grand marais de ce nom près des falaises qu’un habitant de La Neuville disait avoir vu brûler vers le milieu du XIXe siècle.

Le nombre et l’emplacement des moulins de Corbie et de Fouilloy a varié extrêmement dans le cours des siècles, à l’exception de quelques-uns de situation plus stable :

comme les 2 les moulins dits de la Boulangerie, sur la petite rivière de ce nom, les plus anciens sans doute de Corbie. 2 moulins à blé jumeaux, situés côte à côte, mus par le même cours d’eau. Ces 2 moulins sont restés au même endroit jusqu’à la disparition de l’abbaye et même après.

Ces 2 moulins sont devenus dans l’époque plus moderne, moulins à tan de la fabrique de chaussures de la maison Carré.Il y avait également un grand immeuble en briques collé au Moulin, mais il a été démoli par un bombardement en 1918..

En 1924, dans un compte rendu de séance de la société des antiquaires de la Somme, on se demande ce qu’il adviendra de ces antiques moulins si connus à Corbie ? Est ce que la guerre 14-18 et l’assèchement continu de la rivière vont donné le coup de grâce ? Nous connaissons la réponse à ce jour !

Réputation des Meuniers

Très vite on accusa les meuniers fermiers de négligence, de partialité, de cupidité, et également de fraude .

Sous l’ancien régime il y eu un nombre considérable de plaintes, de procès contre les meuniers. Les meuniers d’autrefois n’avaient pas bonne réputation.

Les Corbéens réclamaient notamment  le droit de moudre leur grain. Malheureusement quand ils-essayaient de le faire, les procès, les amendes, la confiscation de leurs grains ou farines les rappelaient vite au respect du monopole abbatial.

Source : Bulletin de la société des antiquaires de Picardie