Edmond Valery Gressier a vu le jour le 21 décembre 1813 à Corbie, au domicile de ses parents Grand’Placeedmond vallery gressier

Il entra au lycée d’Amiens, où il fit de fortes études, surtout en mathématiques. Malgré une fièvre typhoïde qui vint suspendre ses travaux, il entrait, en 1832, à l’âge de 18 ans et demi, à l’École polytechnique.

A cette époque, il était décrit comme ayant encore l’apparence d’un enfant. Il était fluet, blond, pâle, imberbe, mais très vivant, studieux, aimé de ses camarades, avec un caractère enjoué et plein d’entrain. En même temps, il était fort irascible. Dans sa première année d’école, il eut un duel avec le major de sa promotion auquel il avait donné un soufflet au cours d’une discussion futile, et, dans les dernières années de sa vie, il montrait encore à sa main droite la cicatrice provenant de la blessure qu’il avait reçue.

Peu de temps après cette rencontre, son tempérament passionné lui occasionnait un bien plus grave désagrément.
Compromis avec quelques camarades dans un petit complot qui avait pour but de préparer une révolution, il prit d’assaut avec eux un grenier à fourrages en pleine fabrication de cartouches, il fut emprisonné.

Quelques mois après, on reconnut que ce n’était de sa part qu’une incartade de jeunesse, et un arrêt de non-lieu intervint en faveur de Gressier.

Mais un licenciement partiel de l’École avait été prononcé.  Vainement il s’adressa, pour écarter de lui cette mesure rigoureuse, au maréchal Soult, alors ministre de la guerre. Celui-ci lui dit, il est vrai, en voyant ce frêle jeune homme:

« Vous n’êtes évidemment qu’un enfant ; si je vous avais connu, je ne vous aurais pas compris dans la mesure; mais aujourd’hui, malgré tout mon regret, je n’y puis rien changer. »

C’est ainsi que la carrière du polytechnicien fut irrévocablement brisée.

Edmond Valery ne se découragea pas. Sa détention n’avait pas été pour lui sans un certain profit. Le voisinage et le contact des révolutionnaires de la pire espèce, auprès desquels il venait de passer cinq mois, avaient profondément troublé son âme généreuse. Ce séjour lui avait inspiré une vive répugnance à se solidariser avec de tels hommes.

Par l’effet d’une heureuse réaction, son esprit naturellement droit était revenu à des idées plus saines. Il prit aussitôt la résolution de tourner son activité du côté des études juridiques

Grâce à l’énergie qui était l’un des traits saillants de son caractère, prit-il ses grades dans un minimum de temps, et, le 2 juin 1837, il obtenait son inscription au Barreau.

Quelques mois après, il entrait au cabinet de Me Paillet, qui était alors dans tout l’éclat de son talent et à l’apogée de sa renommée.
Travailleur consciencieux, chercheur tenace, Gressier apporta à l’examen des dossiers du grand avocat, l’esprit de méthode et d’analyse qu’il avait conservé de son orientation première. Il y apporta aussi un peu de cette fougue qui lui avait été si malencontreuse à l’École polytechnique, et elle n’était pas sans amener parfois des heurts entre le maître et le disciple. Témoin le fait que voici :

Un jour que Gressier apportait à Me Paillet le dossier d’une affaire qu’il avait étudiée à fond et lui exposait son système, Paillet taxa le système d’absurdité. Gressier se cabra, Paillet se fâcha et jeta les pièces éparses sur le parquet. Gressier les ramassa froidement, les remit sur le bureau en protestant de la sûreté de ses déductions et se retira sans mot dire. Peu de jours après, l’illustre avocat, ébranlé par la fermeté de son collaborateur, examina de plus près l’affaire et la gagna par les moyens qu’il avait, au premier abord, si sévèrement qualifiés.

Pendant 10 ans, Gressier demeura le fidèle collaborateur de Me Paillet. Durant ce temps, il fallait vivre. La modeste pension que lui servait son père et les quelques affaires qu’il plaidait ne lui procuraient que des ressources insuffisantes pour donner carrière aux aspirations; Il lui fallait se créer un supplément de ressources.

Il rédigea des comptes rendus pour les journaux judiciaires; il collabora à d’autres journaux, ne dédaignant pas même, à l’occasion, de recourir aux chroniques théâtrales, artistiques ou mondaines.

C’est au milieu de ces travaux divers que Gressier, toujours attaché au cabinet de Paillet, ébauchait les premiers éléments d’une clientèle personnelle.

La situation de Gressier au Palais se formait peu à peu. En 1839, sous le bâtonnat de Paillet, il était nommé Secrétaire de la Conférence.

Quelques années après, il était devenu un homme fait, d’un réel talent de discussion, d’une grande érudition, goûté des hommes d’affaires, apprécié de ses pairs, et sur le chemin du succès. C’est ainsi qu’en 1847, à 34 ans, il avait acquis une position qui lui permettait de demander et d’obtenir la main de la fille d’un des plus illustres bâtonniers, Me Chaix d’Est-Ange.

Elle lui donna, en 1849, une petite fille, qui fut ravie à leur affection à l’âge de 4 ans. Mme Gressier mourut elle-même en 1862, après 14 ans d’une union pendant laquelle, elle n’avait cessé d’être pour son mari une compagne aimante et aimée, un fidèle soutien dans toutes les épreuves de la vie.

Au moment où il entre dans la famille Chaix d’Est-Ange, Gressier avait acquis la confiance en lui-même et l’aplomb que donne la sûreté du savoir. Son autorité s’affirme. Bientôt, grâce à son travail et à ses relations nouvelles, les affaires deviennent de plus en plus nombreuses. Conseil du Trésor et du Domaine, de plusieurs Compagnies de chemins de fer, de la Société de Saint-Gobain, membre du Comité consultatif de la Ville de Paris, il devient en quelques années l’un des avocats les plus occupés du Palais.

Pour faire face à une aussi lourde tâche, il fallait à M. Gressier une énergie peu commune.

A l’audience, Gressier se montrait plutôt dialecticien qu’orateur. Il se préoccupait peu de charmer, mais uniquement de convaincre. Émouvoir et séduire, tel n’est pas son genre. Il excelle dans la clarté, dans la connaissance approfondie de l’affaire et aussi dans la science du droit.

Dès 1861, Gressier se présenta et fut nommé au Conseil général pour le canton de Corbie; où il ne tarda pas à acquérir une situation prépondérante, et dont il devint successivement secrétaire et président.

Deux ans plus tard, en 1863, il est envoyé par l’arrondissement de Doullens comme député au Corps législatif, il est élu député bonapartiste de la Somme.

Il n’est pas de commission importante dont il ne fasse partie. Partout il apporte son esprit ingénieux, sa capacité de travail, sa puissance d’assimilation, sa connaissance des questions techniques et industrielles. Doué d’une extrême facilité de rédaction, c’est lui qui souvent tient la plume, c’est lui qui formule la solution.

Rapporteur, en 1863, de l’élection de Bravay, le richissime financier qui a servi dit- on, de type au Nabab de Daudet, Gressier parvint, non sans peine d’ailleurs, après un double débat dans les bureaux et à la Chambre, à faire prononcer l’invalidation motivée par des faits de corruption électorale.

Au cours de la même législature, Gressier fut chargé du rapport de la loi sur le régime des sucres, une de celles qui préoccupaient le plus le Parlement et qui devaient sauver l’industrie sucrière en France, écrasée par la concurrence allemande. Les questions économiques et fiscales soulevées par le projet étaient fort complexes et fort ardues. Il s’agissait de combiner les taxes de manière à ménager la production, à tenir la balance égale entre les sucres indigènes et les sucres des colonies, enfin à assurer un aliment et des débouchés à la raffinerie française. Tous les points sont exposés dans le rapport de Gressier, avec la clarté et la précision qui lui sont propres.

Gressier était désormais classé parmi les hommes utiles de la Chambre. A partir de ce moment, il prendra part à l’élaboration et à la discussion de toutes les lois importantes: lois relatives aux chèques, aux Conseils de préfecture, à l’emprunt de la Ville de Paris, à la marine marchande, aux crimes, délits et contraventions commis en pays étrangers, aux droits des héritiers et des ayants cause des auteurs, à l’enseignement primaire.

L’œuvre capitale de la législature :
La loi relative à l’organisation de l’armée et de la garde nationale mobile, promulguée le 3 février 1868.

Au lendemain l’écrasement de l’Autriche par la Prusse qui venait de démontrer à la fois les visées ambitieuses de celle-ci et la puissance de son organisation militaire. La comparaison entre les forces de la Prusse et les nôtres était loin de nous être favorable. Plus que personne, le maréchal Niel, alors ministre de la guerre, sentait la nécessité de modifier l’état de choses existant. Il jeta le cri d’alarme et il obtint du Gouvernement l’autorisation de présenter aux Chambres un projet destiné, dans son esprit, à assurer la sécurité du pays.

L’objectif du maréchal était d’obtenir, au lieu de 500,000 hommes que donnait la loi de 1832, une armée de 800,000 hommes effectivement disponibles, ayant derrière elle une armée de seconde ligne de 400,000 hommes et constituant une garde nationale mobile.

Le projet reposait sur l’augmentation des contingents et des effectifs ; il devait, dès lors, amener un accroissement de charges. La tâche d’en défendre le principe et d’en exposer l’économie devant la Chambre des députés était des plus ardues.

Pour remplir la tâche de rapporteur, il fallait un homme énergique, décidé à braver l’impopularité, à se livrer à un travail ingrat et de longue haleine, à soutenir de laborieuses discussions, à affronter les luttes les plus terribles. Edmond Gressier fut choisi.

Gressier ne se faisait aucune illusion sur les conséquences de l’acceptation d’un pareil mandat. Il se rendait compte des malveillances, des attaques violentes qui allaient assaillir le rapporteur. Il savait qu’en se chargeant de ce rôle, il allait compromettre sa réélection et sa carrière politique. Néanmoins, avec la fermeté et la résolution qui étaient le propre de son caractère, il n’hésita pas à accepter.

L’élaboration de la loi fut ce qu’il avait prévu, longue, difficultueuse et passionnée. Elle dura plus d’une année. Gressier fut à la hauteur de sa mission. Malheureusement la guerre arriva trop vite en 1870.

A peine déchargé du fardeau de la loi sur l’armée, il était nommé membre de la Commission du budget de 1869, et désigné comme rapporteur spécial d’un projet d’emprunt de 440 millions de francs, corollaire de la réorganisation militaire, et destiné notamment, à pourvoir aux frais de transformation de l’armement et à la mise en état des places fortes et des vaisseaux de guerre.  Et le voila mis encore plus en évidence. M. Rouher, alors ministre d’État, qui lui témoignait une sympathie toute particulière, profita d’un remaniement ministériel survenu au mois de décembre 1868, pour proposer à l’Empereur de le comprendre dans le nouveau cabinet. Gressier fut nommé ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, le 17 décembre 1868, en remplacement de M. de Forcade la Roquette, chargé lui-même, du ministère de l’intérieur.

Il fut le premier ministre de l’Empire pris dans le sein de la Chambre des députés. Son introduction dans un cabinet parlementaire était donc une innovation dans l’orientation de la politique et marquait une étape vers des tendances libérales.

Au cours de son mandat, il défendit avec vigueur, devant la Chambre, l’œuvre des traités de commerce contre les attaques ardentes de MM. Thiers et Pouyer-Quertier.

Le 12 juillet 1869, M. Rouher quitta le pouvoir, entraînant dans sa retraite MM. Baroche, de la Valette, Duruy et Vuitry, le ministère dont Gressier était titulaire se trouva divisé. Il conserva les travaux publics ; mais l’agriculture et le commerce constituèrent un ministère séparé.

Peu de jours après la chute du cabinet dont il faisait partie, Gressier déjà commandeur de la Légion d’honneur depuis le 27 décembre 1869, était élevé par décret à la dignité de sénateur.

Cependant, les nuages s’amoncelaient à l’horizon; la guerre avec la Prusse était déclarée, et bientôt les revers et les désastres se succédaient. L’Empire tombait. La capitale était investie. Gressier avait quitté Paris et s’était rendu à Bordeaux, auprès de son beau-père, M. Chaix d’Est-Ange.

Depuis les événements de 1870-1871, bien des offres furent faites à Gressier pour le déterminer à rentrer dans la vie politique. Il refusa constamment, considérant son rôle comme terminé et préféra reprendre le chemin du Palais, où il avait ses racines.Son ancienne clientèle était dispersée Les affaires néanmoins ne tardèrent pas à lui revenir. A 75 ans, affaibli de corps, mais toujours vigoureux d’esprit, il affrontait encore à la Barre, qu’il ne quittera qu’à la fin de 1891, époque à laquelle, sentant les forces lui faire tout à fait défaut, il prend le parti de se retirer définitivement.

Il habitait au 76 boulevard Haussmann à Paris.

Au cours de sa longue carrière, il ne délaissa pas Corbie, son plus grand bonheur était de revenir à Corbie pendant les vacances, dans la maison paternelle, au milieu de ses anciens amis et de ses
vieux souvenirs.

C’est à Corbie, le 1er novembre 1892, qu’à la suite d’une courte maladie, que Edmond Valery Gressier finit ses jours dans la maison (place de la république à Corbie) qu’il avait toujours tant aimée, entouré de son neveu M. Beaurin, devenu son fils adoptif, de sa belle-fille et de cinq enfants.

La famille de Edmond GRESSIER

La famille GRESSIER, famille de notables à Corbie :

  • son père : Amédée Eléonor GRESSIER :  Adjoint puis Maire de Corbie de 1821 à 1854 – Chevalier de la Légion d’Honneur , propriétaire

Amédée Eléonor, né en 1779, avait servi dans les armées de la République. Lieutenant de dragons à la bataille de Marengo, il fut grièvement blessé et fut contraint de prendre prématurément sa retraite. Il vint se fixer à Corbie.

Devenu successivement adjoint, puis maire, il se consacra pendant 42 ans à la gestion des affaires municipales, et, plus d’une fois, pour assurer le bon ordre, il eut à réprimer les effervescences populaires. Cette longue carrière de dévouement, poursuivie jusqu’à sa mort, en 1854, lui avait valu la croix de la Légion d’honneur et une médaille d’or à la suite d’une terrible épidémie de choléra où il avait soigné les malades au péril de sa vie.

  • et sa mére : Adélaide Virginie BEAURIN
  • son grand-pére : Louis Léonor GRESSIER Notaire à Corbie – maire de Corbie de 1789 à 1793

Son grand-père paternel a été membre du Conseil général de la Somme en 1791, il fut emprisonné et poursuivi sous la Terreur, avec dix-neuf de ses collègues, pour avoir signé une protestation contre l’arrestation de Louis XVI. Il mourut en l’an IV, il était vice-président du Tribunal d’Amiens.

Edmond c’est marié le 17 juillet 1847 à Paris (Notre Dame Bonne Nouvelle)avec Marie CHAIX d’EST-ANGE issue d’une grande famille

  • fille de  Gustave Louis Adolphe Victor Charles Saint-Quentin CHAIX d’EST-ANGE : Avocat (1827-1847) – bâtonnier de cet ordre (1842-1844), député de la Marne (1831, 1836-1842, 1844-1846), procureur général (1857), conseiller d’’État (1858), puis sénateur (1861) – Grand Officier de la Légion d’Honneur
  • et petite fille de Richard François CHAIX d’EST-ANGE: Avocat à Aix, puis Paris (1811), commissaire du gouvernement pour la Marne, accusateur public au tribunal public de la Marne à Reims – Chevalier de la Légion d’Honneur
  • Sœur de Gustave Esprit Cyprien CHAIX d’EST-ANGE Avocat au barreau de Paris, conseiller général de Gironde (1864-71 et 1874-80), député de La Gironde (1869-1870) – Chevalier de la Légion d’Honneur Avocat au barreau de Paris, conseiller général de Gironde (1864-71 et 1874-80), député de La Gironde (1869-1870).

Postérité

Une rue de Corbie porte son nom : la rue Edmond Valery GRESSIER (voir l’article )

On trouve également une plaque sous la porte monumentale de CORBIE, avec le nom GRESSIER dessus mais il s’agit de Amédée Eléonor GRESSIER, maire en 1850

plaque gressier corbie